Présentation de l’ouvrage
« C’est toujours par la femme… que la misère vient ! »,
dit-on ici. Pourtant, connaissez-vous un pays où il n’est pas
exclu que la fille aînée hérite de la terre plutôt
que le fils, que les femmes labourent et cultivent tandis que les hommes
partent aux beaux jours, que l’amoureux serve sa dame comme une souveraine,
qu’une fille ose tenir tête aux hommes de l’Eglise qui la voudraient
modeste et repentante ?
Ce pays, c’est le Limousin, le pays de la fin’amor, celui des femmes
suzeraines et des « foncières » ; c’est celui des femnas
sajas, ces « femmes sages » qu’on allait chercher pour accompagner
les naissances et les morts, celles qui connaissaient les gestes et les
mots pour se mettre en harmonie avec les forces de l’univers. « Riches
d’un savoir sans lettres », transmis de mère en fille, elles
ont toujours fait peur au Dieu des hommes, quel qu’il soit. Et pour ce
qui est des hommes, leurs dictons la chargent de tous les maux.
Marie-France Houdart est donc partie à la recherche des plus
anciennes traces de la vie des femmes de cette région. Dans ce pays
pauvre et écarté, cette vie a toujours été
des plus dures. Mais la misère fut peut-être leur chance.
Qu’il n’ait pas attiré les convoitises, que le Dieu des chrétiens
n’y soit arrivé que très tard, que le pouvoir conquérant
du nord l’ait vidé de tous ses hommes, a peut-être permis
aux femmes d’y prendre toute leur place. Loin d’y rester « soumises
», comme on le croit, l’occasion leur était laissée
de conquérir leur indépendance et de défendre la liberté.
Ne serait-ce pas un exemple, en ces temps troublés de luttes
politiques sur fond de religion ? La liberté des femmes y est plus
que jamais essentielle. Si elles abdiquaient, ce pourrait être le
signe de l’asservissement de toute la société.
« C’est toujours par les femmes… que vient, que tient la liberté
! »

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